progression

La pièce retenait son souffle.
La lumière glissait comme une poussière vivante sur les meubles.
Elle, assise, calme, déjà en décalage, comme si une part d’elle glissait vers un lieu plus profond.

La musique entra.
Pas une note.
Une présence.
Elle franchit le seuil avec une lenteur délibérée.
Un pas qui glissait sans bruit.
Un empreinte qui troublait l’air.
Son espace intérieur se déplia, par frémissement, comme une peau qui reconnaît une chaleur.

La première pulsation glissa dans son ventre.
La musique y posa une oscillation dense.
Une chaleur qui se ramifiait.
Une invitation qui remuait des zones anciennes.
Des fibres se réveillèrent.
Certaines avec douceur.
D’autres avec un trouble discret, comme si revenir leur coûtait.

Puis la vague arriva.
La musique la souleva.
Pas comme une main.
Comme une marée interne.
Une poussée lente qui déplaçait son centre.
La pièce recula.
Son corps devint léger, mais animé d’un tremblement interne qui ne venait pas d’elle.

Dans cet espace, la musique avançait.
Elle éclairait.
Elle assombrissait.
Elle effleurait.
Elle creusait.
Elle déposait une lueur dans son ventre, qui ondulait, cherchait sa forme.
Une fulgurance douce derrière ses yeux.
Une tension fine dans sa gorge.
Chaque geste sonore portait une intention.
Un trouble.
Un appel qui n’était plus une invitation, mais une traction.

La montée approchait.
La musique la préparait avec une précision vibrante.
Une ligne se tendit dans sa poitrine.
Une zone s’ouvrit dans sa gorge.
Une clarté se posa derrière ses yeux, tremblante, comme une lumière qui hésite avant de se fixer.
Tout en elle s’ajustait. Pas pour accueillir.
Pour céder, comme une crête interne qui se détache.

Puis elle frappa.
Un arc lumineux sillonna son corps.
Une traversée.
Une ligne frémissante qui déplaçait quelque chose en elle.
La musique ouvrit une place ancienne.
Une chambre intérieure.
Mais cette fois, la chambre bougea.
Elle se dilata.
Elle se troubla.
Comme si la lumière y entrait pour la première fois.

La résolution fut un geste lent.
La musique replia sa lumière.
Calma son ombre.
Redescendit comme une marée qui hésite avant de se retirer.
Elle la laissa là.
Déplacée.
Recomposée. Troublée.
Avec une profondeur nouvelle qui résonnait encore, comme une corde interne qu’on n’arrive pas à stabiliser.

La musique se retira.
Elle resta.
Avec cette empreinte légère.
Cette vibration.
Ce trouble résiduel qui lanquissait, comme une onde qui refuse de disparaître.

Céleste R.

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