
Travailler sur soi ne sert à rien
Un jour, on m’a dit cela avec les meilleures intentions du monde :
“Tu devrais travailler sur toi.”
À cette époque, j’ai pris ce conseil très au sérieux.
J’ai lu, réfléchi, analysé. J’ai tenté de comprendre ce qui n’allait pas, ce qui devait être corrigé, amélioré, transformé.
Et pourtant, avec le temps, une question est revenue de plus en plus souvent :
Travailler sur quoi, exactement ?
Sur une version de moi que je jugerais incomplète ?
Sur un personnage qui devrait devenir plus sage, plus équilibré, plus performant, plus heureux ?
Pendant longtemps, cela m’a semblé évident.
Puis j’ai commencé à remarquer quelque chose.
Chaque fois qu’un objectif était atteint, un autre surgissait.
Chaque fois qu’un défaut semblait dépassé, mon attention se déplaçait vers un autre.
Comme si le sentiment de manque survivait à chacune de ses prétendues solutions.
Alors j’ai cessé de m’intéresser uniquement à ce qu’il fallait changer en moi.
J’ai commencé à observer la voix qui affirmait qu’un changement était indispensable.
Cette voix semblait toujours raconter la même histoire :
“Tu n’es pas encore assez.”
Pas assez accomplie.
Pas assez spirituelle.
Pas assez éclairée.
Pas assez libre.
Et si la souffrance ne venait pas principalement de nos imperfections, mais de la croyance qu’elles définissent ce que nous sommes ?
Je continue à apprendre.
Je continue à remettre mes idées en question.
Je continue à reconnaître mes mécanismes de peur, de défense et de jugement lorsqu’ils apparaissent.
Mais je ne les regarde plus pour perfectionner l’image de moi-même.
Je les regarde pour voir qu’ils ne disent peut-être rien de ce que je suis réellement.
Car plus j’observe cette mécanique intérieure, plus une intuition s’impose :
ce qui cherche sans cesse à devenir meilleur est souvent la même instance qui se croit incomplète.
Et si la quête d’amélioration infinie n’était parfois qu’une manière subtile de préserver le manque qu’elle prétend vouloir guérir ?
Peut-être que la vraie question n’est pas :
Comment devenir enfin quelqu’un d’autre ?
Mais plutôt :
Que resterait-il si je cessais de croire que quelque chose manque à ce que je suis déjà ?
Céleste R.