Identification

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Ce qui me paraît intéressant dans ce discours, c’est qu’il rejoint par endroits de façon assez précise

ma propre lecture structurelle de la Bible et d’UCEM,

tout en s’en séparant sur un point métaphysique essentiel.

Dans ma lecture, le monde n’est pas simplement “rien”, et le moi n’est pas une illusion au sens où il faudrait nier son fonctionnement.

Le monde est le “Fils étendu dans la forme”.

Le moi est une fonction de cette extension.

Le personnage, le corps, la personnalité, les réactions, les choix continuent donc d’exister au niveau phénoménal.

Le problème n’est pas que le personnage existe.

Il apparaît lorsque cette fonction du Fils étendu se prend pour ce dont elle n’est qu’une fonction.

C’est précisément là que certaines formulations d’Alexander me parlent.

Lorsqu’il explique que l’identification est nécessaire pour vivre l’expérience individuelle,

mais que l’ego apparaît lorsque cette identification devient appropriation, il rejoint presque directement cette distinction :

le moi peut fonctionner sans devenir le centre.

Autrement dit, je peux être ce personnage sans faire de ce personnage ce que je suis ultimement.

La désidentification ne consiste donc ni à nier le corps, ni à supprimer la personnalité, ni à sortir du monde.

Elle consiste à ne plus confondre la fonction avec ce dont elle procède.

C’est aussi pourquoi sa position me paraît plus proche de ma lecture que certaines interprétations radicales de l’UCEM.

“Je ne suis pas mon corps” ne signifie pas nécessairement que le corps n’existe pas au niveau phénoménal,

ni qu’il faudrait le considérer comme une illusion.

Cela signifie que le corps n’est pas l’essence du Fils.

Mais c’est précisément ici qu’apparaît une divergence importante.

Alexander parle d’une “conscience universelle” qui s’exprimerait à travers des milliards d’individus,

et va jusqu’à dire que cette conscience aurait choisi de s’incarner.

Or ce n’est pas exactement ma structure.

Je ne pars pas d’une conscience universelle qui se diviserait en individus pour faire l’expérience du monde.

Je pars du Fils.

Dieu : le Fils non étendu.
Le monde : le Fils étendu.
Jésus : le Fils concentré.
L’Apocalypse : le Fils guéri.

Le mouvement n’est donc pas, pour moi, celui d’une conscience qui descend dans des corps.

C’est celui d’une même réalité qui se déploie dans la forme, se concentre dans le Christ et retrouve son intégrité.

La différence est subtile, mais elle change toute l’architecture.

Chez Alexander, la conscience universelle constitue le principe premier dont les individus seraient les expressions locales.

Dans ma lecture, le Fils constitue la structure première dont l’individu est une fonction locale dans l’extension.

C’est pourquoi je ne reprends pas non plus exactement l’idée selon laquelle “la conscience aurait choisi de s’incarner “.

Cette formulation suppose une conscience universelle qui préexiste à l’individu et qui choisit de s’exprimer dans la forme.

Ma lecture ne pose pas la conscience comme sujet métaphysique premier.

Elle pose le Fils.

Le “tu” que nous identifions comme individu appartient précisément à ce que j’appelle “la structure étendue”.

Il n’est donc pas nécessaire de supposer derrière lui une conscience individuelle qui aurait existé auparavant et décidé d’entrer dans un corps.

Le retournement ne consiste alors pas à découvrir une conscience cachée derrière le personnage.

Il consiste à cesser de confondre le personnage avec le Fils.

Le personnage continue.

Le monde continue.

L’action continue.

Mais le personnage n’est plus pris pour l’auteur.

Et c’est peut-être là que se situe le point de rencontre le plus intéressant entre son discours et ma lecture :

le moi n’a pas besoin de disparaître.

Il a besoin de cesser de se prendre pour l’auteur.


Céleste R.

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