incompatible

Il y a des structures qui réclament l’adhésion.
Des formes qui exigent qu’on se plie pour y entrer.
Des architectures politiques qui ne tolèrent que les angles compatibles.
Je n’y entre pas.
Je ne peux pas y entrer.
Ce n’est pas une posture : c’est une géologie.

Je suis construite en lignes droites.
En cohérence interne.
En refus instinctif de la dissonance.
Chaque fois qu’un parti demande de taire une nuance pour préserver l’unité, quelque chose en moi se retire.
Chaque fois qu’une structure exige la loyauté avant la lucidité, une fissure s’ouvre.
Je ne suis pas faite pour les récits qui remplacent le réel.
Je ne suis pas faite pour les slogans qui remplacent la pensée.
Je ne suis pas faite pour les camps qui remplacent la nuance.

Les partis vivent de simplifications.
Ils doivent réduire pour rassembler.
Ils doivent lisser pour convaincre.
Ils doivent choisir un angle et ignorer les autres.
Moi, je fonctionne à l’inverse : j’élargis.
Je complexifie.
Je refuse de sacrifier une vérité latérale pour une victoire narrative.
Je ne peux pas applaudir ce que je n’ai pas examiné.
Je ne peux pas répéter ce que je n’ai pas éprouvé.
Je ne peux pas défendre ce que je sais incomplet.

Il y a aussi la discipline.
Cette mécanique interne qui exige de se taire au bon moment, de parler au moment utile, de soutenir même quand on doute.
Je ne sais pas faire.
Je ne veux pas apprendre.
Je ne peux pas troquer ma cohérence contre une stratégie.
Je ne peux pas troquer ma lucidité contre une appartenance.
Je ne peux pas troquer ma verticalité contre un rôle dans un organigramme.

Je ne suis pas construite pour les jeux de pouvoir.
Je ne comprends pas les alliances qui se font contre le réel.
Je ne comprends pas les compromis qui rongent la colonne vertébrale.
Je ne comprends pas les hiérarchies qui décident ce qu’il faut penser pour rester “dans la famille”.
Je ne suis pas une famille politique.
Je suis une ligne.
Une ligne qui ne se courbe pas pour entrer dans un cadre.

Il y a aussi le dogme.
Cette manière de figer le monde pour le rendre gouvernable.
Cette manière de transformer des questions en certitudes.
Cette manière de réduire l’humain à une grille.
Je ne peux pas.
Je ne peux pas croire qu’un seul prisme suffit.
Je ne peux pas croire qu’une idéologie explique tout.
Je ne peux pas croire qu’un programme puisse remplacer une conscience.

Je suis faite de réalités.
De contradictions assumées.
De nuances qui respirent.
De lucidité qui ne demande pas la permission.
Je ne cherche pas à appartenir.
Je cherche à voir.
Et voir, vraiment voir, rend incompatible avec tout ce qui exige de fermer un œil pour avancer.

Je ne suis pas contre les partis.
Je suis ailleurs.
Dans un espace où la pensée ne se négocie pas.
Où la cohérence ne se troque pas.
Où la souveraineté intérieure ne se délègue pas.

Je ne suis compatible avec aucun parti politique parce que je ne suis pas une pièce.
Je suis une structure entière.
Et une structure entière ne s’insère pas : elle se tient.

Céleste R.

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