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La science sous tutelle : quand un rapport non scientifique devient un outil politique

Le rapport sur la désinformation en santé, remis au ministère en janvier 2026, est disponible ici :
Télécharger le rapport (PDF)

Ce document de 68 pages est présenté comme un diagnostic national et une stratégie pour lutter contre la désinformation.
Mais sa lecture attentive révèle tout autre chose : un rapport non scientifique et destiné à justifier des mesures politiques restrictives.

Ce texte n’est pas un travail de science.
C’est un instrument de gouvernance de l’information.


1. Une “méthode” qui n’a rien de scientifique

La section Méthodes (p.60) décrit une chaîne d’outils administratifs :

  • Google Agenda pour les disponibilités
  • Doodle pour les rendez-vous
  • Google Meet pour les visios
  • Upmeet pour enregistrer et générer automatiquement les comptes rendus
  • Google Forms pour les questionnaires
  • Resana pour stocker les fichiers
  • des IA pour rédiger les documents
  • Word sur SharePoint pour la version finale

Aucune démarche scientifique.
Aucun protocole.
Aucune reproductibilité.
Aucune analyse méthodologique.

Ce rapport ne décrit pas une méthode mais une logistique.


2. Un rapport construit sur des perceptions, pas sur des données

Le rapport repose sur :

“156 interviews […] représentant plus de 800 pages de comptes rendus.”

Mais les auteurs précisent :

“Nous nous sommes engagés à ne citer directement aucun participant.”

Donc, il n’y a :

  • aucune source vérifiable
  • aucune transparence
  • aucune possibilité d’audit
  • aucune preuve

Le rapport ne mesure rien, il déclare.


3. Des biais structurels à chaque étage

Biais de sélection

Les personnes interrogées sont choisies par les auteurs , donc c’est un réseau institutionnel homogène.
Les demandes spontanées d’entretien créent un échantillon non représentatif.

Biais de réseau

L’“effet boule de neige” renforce les cercles d’opinion déjà alignés.

Biais de confirmation

Les interlocuteurs sont déjà convaincus que la désinformation augmente.

Biais technologique

Les comptes rendus sont générés par IA.
Mais une IA ne garantit ni la neutralité, ni la vérification des sources :
elle amplifie les biais présents dans les données qu’on lui fournit.
Quand un rapport sert ensuite à justifier des sanctions ou encadrer la parole publique,
déléguer sa rédaction à une IA crée un risque démocratique majeur.

Biais de cadrage politique

Le rapport dramatise pour justifier des mesures coercitives.


4. Un rapport qui propose des outils de contrôle de la parole

Sous couvert de “lutte contre la désinformation”, le rapport propose de :

  • sanctionner les désinformateurs
  • contrôler les associations.
  • renforcer la régulation des médias
  • créer un système d’infovigilance
  • déployer un Info‑Score Santé
  • traiter les plateformes comme des médias soumis à une politique éditoriale

Ce sont des mesures de restriction de la parole publique, pas des conclusions scientifiques.


5. La mainmise politique sur la science

Le rapport crée un récit :

  • la désinformation serait massive,
  • elle menacerait la santé publique,
  • elle fragiliserait la démocratie,
  • elle justifierait une action urgente.

Mais, on l’a vu, ce récit repose sur :

  • des entretiens non vérifiables,
  • des biais méthodologiques,
  • des outils IA,
  • des perceptions institutionnelles.

La science est invoquée, mais jamais pratiquée.


6. Libertés publiques : la pente glissante

Il est évident que ce rapport peut servir à :

  • restreindre la liberté d’expression,
  • sanctionner des individus,
  • surveiller les plateformes,
  • encadrer les associations,
  • imposer un score officiel de “bonne information”.

Le tout sans base scientifique.
Sans données.
Sans méthode.

C’est la définition d’un outil politique de contrôle de l’information.


Conclusion

Ce rapport n’a aucune valeur scientifique.
Il est méthodologiquement biaisé, politiquement orienté, et potentiellement dangereux pour les libertés publiques.

Il parle de science pour mieux la contourner.
Il parle de démocratie pour mieux la cadrer.
Il parle de désinformation pour mieux définir ce qui doit être dit et ce qui doit être tu.

La science n’est pas renforcée, mais instrumentalisée.

La liberté d’expression n’est pas protégée, mais conditionnée.

La démocratie n’est pas consolidée, mais encadrée.

Ce rapport n’est pas du tout un rempart contre la désinformation.
C’est un outil de pouvoir.


Céleste R.

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