
Choose France ou l’art discret de renoncer à soi-même
Le glissement silencieux
Dans l’histoire récente de la France, quelque chose s’est déplacé sans jamais être nommé.
Non pas une rupture, mais un glissement lent, feutré, où un pays fondé sur la souveraineté et la maîtrise de ses outils s’est progressivement éloigné de lui-même.
Rien n’a été annoncé.
Rien n’a été débattu.
Le cadre changeait, mais le récit restait le même.
Le peuple pensait encore vivre dans un État protecteur, stratège, garant de l’indépendance.
Il croyait que les élites défendaient toujours les filières essentielles, l’autonomie énergétique, la capacité de décider pour soi.
Pendant ce temps, un autre modèle s’installait discrètement : un modèle où les décisions se prenaient ailleurs, dans des structures supranationales,
dans des règles importées, dans une logique de marché qui réduisait peu à peu l’État à un rôle d’exécutant.
La rupture de mandat
Ce qui s’est joué n’a rien d’une simple modernisation.
C’est un changement de loyauté, une modification unilatérale du contrat souverain.
Une rupture de mandat opérée sans explication, sans transparence, sans consentement.
Les grandes décisions — monnaie, commerce, énergie, industrie — glissaient hors du champ démocratique.
On parlait de réformes nécessaires, d’attractivité, de compétitivité.
On ne disait jamais que la France renonçait à une part de sa maîtrise, qu’elle acceptait de dépendre d’autres centres de décision, qu’elle abandonnait des pans entiers de son autonomie productive.
Le mot renoncement n’apparaissait jamais.
Il aurait trop éclairé ce qui se jouait.
Choose France : le miroir inversé
C’est dans ce contexte que Choose France surgit, non comme une innovation, mais comme un révélateur.
Un slogan qui prétend inviter le monde à “choisir la France”, alors qu’il consacre en réalité un renversement : la puissance nationale remplacée par des acteurs extérieurs.
Le pays qui autrefois construisait ses propres filières déroule désormais le tapis rouge pour des multinationales auxquelles il offre subventions, infrastructures, avantages fiscaux, main‑d’œuvre formée à grands frais.
On ne reconstruit plus la France : on accepte que d’autres la reconstruisent à sa place, et qu’ils repartent ensuite avec les bénéfices.
Produire ici, décider ailleurs
On répète “produire ici”, mais cette promesse ressemble de plus en plus à un décor.
Dans les faits, la logique reste la même : on affiche “ici”, mais tout se décide ailleurs.
Les profits remontent vers des sièges lointains.
Les choix stratégiques se prennent hors du territoire.
Les brevets demeurent propriété d’entreprises étrangères.
Les chaînes de valeur échappent à la nation.
La France devient un lieu d’accueil, un espace disponible, un territoire offert.
Elle n’est plus l’autrice de son destin industriel, seulement l’hôte d’intérêts qui la traversent.
Et certains observateurs vont plus loin : si “produire ici” n’est qu’un slogan, alors le véritable projet n’est pas la production,
mais l’exposition — un open‑vitrine où le pays se montre pour attirer ceux qui décideront à sa place.
Le renversement du rôle de l’État
Ce basculement s’accompagne d’un changement de mandat.
L’État, autrefois chargé de protéger, planifier, décider, garantir, s’est vu assigner d’autres verbes : attirer, déréguler, subventionner, dépendre.
Il ne construit plus des capacités nationales ; il organise leur délégation.
Il ne cherche plus la souveraineté ; il en calcule le coût.
Il ne se pense plus comme puissance, mais comme plateforme.
Et pourtant, jamais ce renversement n’a été assumé.
Il s’est imposé dans le silence, comme si la France devait s’habituer à devenir autre chose sans qu’on lui demande son avis.
Conclusion : un pays qui se laisse choisir
La France n’est plus un sujet, mais un terrain.
Un pays qui ne choisit plus, mais qui se laisse choisir.
Et le fait que ce projet soit porté par Macron éclaire son véritable projet : une France ouverte, attractive, mais moins attachée à la maîtrise de ses propres leviers.
Aucun autre pays européen ne pousse aussi loin cette logique : une France mondialisée, dépecée, mise en open‑vitrine pour attirer ceux qui décideront à sa place.
Céleste R.