
Comment une partie des États-Unis commente les manifestations étudiantes en France.
Rachel Marsden a publié le 4 octobre un article sur RT.
https://www.alexjoneslive.com/2026/10/04/frances-high-school-protests-arent-what-you-think/.
Si vous êtes tenté de croire au récit conservateur selon lequel les jeunes Français seraient simplement des gauchistes gâtés
qui font leur crise, exactement comme on le disait des hippies dans les années 1960, la lecture de cet article peut être instructive.
Pour ma part, cette lecture produit surtout un effet :
elle donne immédiatement envie de ne pas se ranger de son côté.
Rachel Marsden ouvre son texte par une série d’attaques ad hominem.
Les élèves sont décrits comme des morveux, des voyous, des hooligans.
Ensuite seulement viennent leurs revendications.
Elle écrit :
« Tout d’abord, ils disent qu’ils n’aiment pas les longues journées d’école qui s’étendent de 8 h à 18 h,
avec deux heures de pause déjeuner.
Eh bien, j’ai une mauvaise nouvelle pour vous concernant ce qui vous attend dans le monde réel… »
Le ton est déjà donné.
D’abord, les établissements français n’offrent généralement pas deux heures de pause déjeuner mais plutôt une heure et demie.
Ensuite, les élèves restent effectivement à l’école jusqu’à 18 heures, ce qui est lourd à supporter.
Aux États-Unis, les journées scolaires s’arrêtent habituellement vers 15 h 30.
C’est déjà long.
En France, on atteint souvent 9 h 30 de présence quotidienne.
Cela représente plus de temps que beaucoup d’adultes n’en passent sur leur lieu de travail.
Au final, c’est plus de 47 heures par semaine enfermées entre quatre murs.
Dix minutes de récréation pour tourner dans la cour.
Peu d’occasions de voir le soleil.
Peu de temps réellement libre.
Même logique pour les vacances d’été.
Marsden laisse entendre que les congés des enfants seraient « subventionnés par les contribuables ».
Comment exactement ? Les enfants qui jouent dehors coûteraient-ils davantage que les enfants assis dans une salle de classe ?
Elle semble également considérer les sorties scolaires au musée comme une forme de gâterie.
Le message implicite est étonnant : moins les enfants voient le monde extérieur, mieux ils se prépareront au monde réel.
Puis vient ce passage :
« ils disent que leurs écoles ne sont pas à la hauteur. Et parfois, il n’y a même pas de papier toilette dans les cabines, se plaignent-ils.
L’État doit-il aussi vous essuyer les fesses, en plus ? »
Il faut croire que s’attendre à trouver du papier toilette dans des toilettes publiques est devenu un luxe extravagant.
Peut-être que les traders de la finance nettoient eux-mêmes les sanitaires avec des morceaux de pain rassis.
Peut-être que les plus robustes se passent simplement de toute commodité.
L’argument devient encore plus caricatural lorsqu’elle aborde les infrastructures scolaires :
« Ils se plaignent également de la médiocrité des installations. Comme le manque de climatisation… »
Nous découvrons alors que ces enfants ne seraient pas seulement des voyous et des ingrats.
Ils seraient aussi d’incorrigibles extrémistes de gauche.
Les enfants de droite, conservateurs, eux, n’auraient manifestement besoin ni de papier toilette, ni de climatisation, ni même d’enseignants.
Ils adoreraient rester à l’école jusqu’à la tombée de la nuit.
Mieux encore : ils demanderaient probablement à y rester vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Marsden poursuit :
« Allez donc leur en parler. Ce sont eux qui veulent que vous transpiriez pour la planète… »
L’ambiance générale du texte ressemble davantage à une séance de mépris qu’à une analyse.
Je remarque aussi qu’elle suggère que la France dépense déjà beaucoup trop pour son éducation.
Est-ce vrai ?
Rien ne le démontre dans son article.
Comme les États-Unis, la France consacre des sommes considérables à la défense.
Donald Trump a d’ailleurs réclamé que les pays européens portent leurs dépenses militaires à 5 % du PIB.
Des écoles modernes, entretenues et correctement équipées seraient parfaitement envisageables si d’autres priorités budgétaires étaient retenues.
Le problème n’est pas une absence globale d’argent.
Le problème est la manière dont il circule.
Une partie importante des ressources publiques continue d’alimenter les mécanismes qui enrichissent les plus riches,
tandis que de nombreux services se dégradent lentement.
On pourrait m’objecter que ce qui se déroule actuellement en France ressemble parfois à une nouvelle déclinaison du Projet Chaos,
utilisée par une partie de la gauche pour entretenir l’agitation politique et la déstabilisation sociale.
C’est possible.
Il est même possible qu’une partie de ces mobilisations soit encouragée ou instrumentalisée.
Pourtant, je reste favorable aux manifestations.
Parce que c’est précisément dans ce type de situation que quelque chose peut échapper à ceux qui pensaient le contrôler.
Un chaos artificiel peut alors produire une contestation authentique.
Et une opération de déstabilisation peut finir par alimenter une véritable révolution.
Céleste R.