caniculebelge

Preuve officielle :
La circulaire canicule existe bel et bien.
Circulaire 53230 – Plan canicule dans l’enseignement obligatoire

Il était une fois, dans un ministère belge climatisé à 21°C, une bande de rédacteurs inspirés qui décidèrent d’écrire la première circulaire de survie en milieu hostile. Hostile, c’est‑à‑dire : une école belge en juin.

Le résultat ?
Un chef‑d’œuvre d’absurdité poético‑administrative.
Un catalogue à la Prévert, mais version bureaucratie en nage.

1. Le camping tropical improvisé

La circulaire recommande de “créer des zones d’ombre” avec des draps, des toiles, des parasols, voire des “tunnels d’ombre”.

Problème :
les écoles belges ne sont pas des camps de vacances.
Elles ne possèdent ni parasols, ni bâches, ni tonnelles, ni matériel de scoutisme.
On n’est pas au Patro, on est dans une école communale.

Mais la circulaire, elle, plane au-dessus du réel.

Elle propose donc :

  • tendre des draps entre deux arbres (quand il y a des arbres)
  • installer des parasols (qu’on n’a pas)
  • créer des “tunnels d’ombre” avec des bâches (qu’on n’a pas non plus)
  • improviser des zones fraîches avec des tapis de gym ramollis par la chaleur

Et dans la logique absurde du texte, ajoutons :

  • demander aux élèves d’apporter leur propre parasol “pour favoriser l’autonomie”
  • tracer des “zones d’ombre imaginaires” au sol pour compenser le manque de matériel
  • organiser une “chasse au point d’ombre” dans la cour, façon jeu de piste survivaliste

2. La quête du local frais

On leur demande d’“identifier les locaux frais”.
C’est touchant.
Dans une école belge en juin, le seul local frais est le frigo de la cantine , et encore, quand il ferme.

La circulaire propose aussi :

  • d’utiliser les caves (quand elles ne sentent pas le champignon)
  • de privilégier les couloirs orientés nord (quand ils existent)
  • de déplacer les classes dans la salle des archives (quand elle n’est pas déjà à 33°C)

Et dans la même logique, ajoutons :

  • installer les élèves dans la cage d’escalier “car elle bénéficie d’un courant d’air naturel”
  • utiliser la salle des photocopieuses “car elle est climatisée par intermittence”
  • faire cours dans le parking vélo “car l’asphalte réfléchit la lumière de manière pédagogique”

3. Regrouper les élèves : l’escape game thermique.

“Regrouper les élèves dans les pièces les moins chaudes.”
Traduction : 150 enfants, deux ventilateurs, une prise électrique.

On frôle l’expérience immersive :
Escape Game Canicule : Saurez‑vous sortir vivants de la salle informatique ?

La circulaire suggère aussi :

  • de “réduire les déplacements” (pratique quand tout le monde est entassé)
  • de “favoriser les activités calmes” (à 38°C, tout le monde est calme, oui)
  • de “prévoir des pauses hydratation” (avec des gourdes oubliées depuis mars)

Et dans la même veine, ajoutons :

  • instaurer un “quota de respiration” pour éviter de réchauffer la pièce
  • demander aux élèves de bouger au ralenti pour limiter la production de chaleur
  • organiser des “ateliers éventail” où chacun fabrique son propre système de survie

4. Les seuils de température : la poésie du déni

La circulaire déroule ses seuils comme un horoscope thermique :

  • À 28°C : aérer la nuit.
  • À 30°C : adapter le rythme.
  • À 35°C : installer des parasols (toujours ceux qu’on n’a pas).
  • À 40°C : prévoir un espace de repos rafraîchi.

Elle ajoute aussi :

  • “éviter les efforts physiques”
  • “réduire l’usage des appareils électriques” (donc adieu ventilateurs)
  • “favoriser les activités à faible intensité cognitive” (la chaleur rend bête, c’est officiel)

Et dans la même logique, ajoutons :

  • À 42°C : distribuer des glaçons imaginaires
  • À 45°C : instaurer la sieste obligatoire pour éviter les syncopes collectives
  • À 48°C : demander aux élèves de visualiser mentalement un environnement frais

5. Les micro‑consignes absurdes

Le texte enchaîne les recommandations comme un sketch :

  • éviter les aliments gras
  • mettre de la crème solaire
  • pratiquer la ventilation croisée
  • utiliser des lingettes humides
  • sortir les brumisateurs
  • ne pas occuper les combles (merci, personne n’y va déjà en hiver)

Et comme si cela ne suffisait pas :

  • demander aux élèves de porter des vêtements “légers et amples” (uniformes scolaires, bonjour)
  • interdire les activités sportives sauf “si elles sont ombragées”
  • encourager les enseignants à “rester hydratés” (révélation scientifique)

Et dans la logique totale, ajoutons :

  • distribuer des glaçons pédagogiques (qui fondent avant d’arriver en classe)
  • instaurer un “code couleur chaleur” que personne ne comprendra
  • demander aux élèves de “penser froid” pour réduire la température ressentie

6. Le passage culte : la canicule n’est pas un cas de force majeure

La circulaire ose écrire :

“Une vague de chaleur ne relève pas de la force majeure.”

Donc 40°C en classe, c’est normal.
Un pigeon qui traverse la cour en diagonale, par contre, pourrait justifier un rapport d’incident.

Et pour compléter l’absurdité :

  • “la continuité pédagogique doit être assurée” (même en mode four à convection)
  • “les parents doivent être rassurés” (depuis une salle à 39°C)
  • “les directions doivent rester vigilantes” (sans perdre connaissance)

Et dans la même logique, ajoutons :

  • la fusion lente des enseignants n’est pas un motif de fermeture
  • l’évaporation progressive des élèves non plus
  • la liquéfaction du personnel administratif doit être signalée mais ne justifie aucune mesure

Conclusion

Cette circulaire n’est pas un outil.
C’est un aveu d’impuissance emballé dans 20 pages de bricolage tropical.
On ne résout rien, on encadre l’absurde.
Et on demande aux directions de sourire en transpirant.

Si cette circulaire n’était pas réelle, elle ferait rire.
Le problème, c’est qu’elle l’est.
Et c’est précisément ce qui la rend encore plus absurde que comique.

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Céleste R.

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